La série française de Netflix LUPIN, dont notre avis est ici, est disponible depuis hier. A l’occasion de cette sortie, nous avons eu l’opportunité il y a quelques semaines de nous entretenir avec Louis Leterrier, réalisateur des premiers épisodes. Ce français implanté aux Etats-Unis est le réalisateur de L’INCROYABLE HULK, LE TRANSPORTEUR, LE CHOC DES TITANS ou encore INSAISISSABLES, que des gros films américains (à l’exception du TRANSPORTEUR qui fut tout de même tourné en anglais). On a donc voulu savoir ce qui a attiré Leterrier à tourner dans sa langue maternelle, dans son pays natal.

Lupin est la première fois que vous tournez en français. Qu’est-ce qui a motivé ce retour aux sources ?

Louis Leterrier : Il y a beaucoup de choses. Déjà c’est Omar Sy qui est un acteur et ami incroyable. C’est mon pote depuis très longtemps et on avait envie de faire des choses ensemble. Ensuite, le thème: Lupin évidemment. Je ne voulais pas revenir en France pour faire une espèce de faux truc américain. Si je rentrais en France, c’était pour faire quelque chose de vraiment français, tout en utilisant tout ce que j’ai appris aux Etats-Unis. Puis c’est Netflix aussi.Cela fait 4 voire 5 ans que j’ai i une relation très forte avec Netflix. On a collaboré sur DARK CRYSTAL : LE TEMPS DE LA RESISTANCE, j’ai aussi aidé sur des séries, on développe aujourd’hui d’autres séries et d’autres films (dont la suite du film BRIGHT Ndlr)… Je suis donc très proche d’eux, tant aux Etats-Unis qu’en France. Tout cela a motivé ma décision. Mais ce qui l’a vraiment motivée, c’est parce que Gaumont TV a trouvé, avec George Kay (le showrunner de la série), une façon moderne de traiter Arsène Lupin. Et avec Omar Sy d’en faire quelque chose d’énergique, actuel et multigénérationnel. C’est important pour moi. Car je me rends bien compte que l’on regarde Netflix souvent en famille. Ce sont des moments agréables à partager. On peut binger tout d’un coup mais on voulait créer un moment hebdomadaire ou du moins un instant où la famille se retrouve pour regarder un épisode réuni. Les jeunes générations ne connaissant pas Lupin peuvent se renseigner, aller voir sur internet qui il était, comprendre son éducation et son histoire. Je trouvais l’idée intéressante à traiter.

Louis Leterrier et Omar Sy sur le tournage de Lupin.

C’est Netflix qui est venu vous chercher ou aviez-vous un deal de plusieurs œuvres et séries ?

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LL : Le fait que ce soit Netflix est un pur hasard. Ce sont eux qui sont les plus forts et qui ont les meilleures séries. Ils sont venus me chercher. J’étais encore en fin de post-production de DARK CRYSTAL quand on a commencé à parler de Lupin. Pour dire la vérité, cela fait un bon bout de temps que l’idée de faire Lupin avec Omar avait germé dans les têtes de Gaumont TV et de Netflix. Ils m’ont passé un coup de fil il y a 5-6 ans puis un coup de fil plus important quand le projet s’est véritablement lancé.

Vous avez beaucoup bossé avec de gros budgets de studios américains. Est-ce que Netflix est réellement une société qui donne énormément de liberté? En quoi est-ce comparable avec les majors ?

LL : C’est un système un peu différent. Les studios américains sont vraiment guidés vers le plaisir des spectateurs, de les faire retrouver des personnages, de l’entertainment. Netflix, à la différence des studios, offre une véritable liberté. On sait tous ensemble ce vers quoi on va, on veut divertir, créer un nouveau personnage iconique, de nouveau héros moderne, sociétal. Ensuite, ils laissent la main et me disent que c’est ma série, que je fais ce que je veux. C’est un rapport de confiance que j’ai rarement eu et c’est pour ça que je m’entends si bien avec eux et inversement. On a bien compris la manière de travailler de l’un l’autre.

Comment est-ce de bosser avec un showrunner (le papa de la série, celui qui a la vue sur l’ensemble de la série) ? On voit que la série est très réfléchie, d’un point de vue scénario, mise en scène et montage. En tant que réalisateur, comment met-on tout cela en place ?

LL : Je suis très fan de ce genre de cinéma et d’ailleurs j’en ai fait un, INSAISISSABLES (NOW YOU SEE ME), qui relate l’histoire de magiciens. J’aime beaucoup planter des graines que je récolte beaucoup plus tard. Même si ce n’était pas dans mes épisodes. C’est un principe de comédie de poser une graine ou la base d’une blague et la récolter plus tard. Ce sont des choses que je connais bien et que j’aime beaucoup. Dès le départ avec George Kay, on a travaillé là-dessus. J’ai été présent assez tôt dans la conception de la série, le ton, les tenants et aboutissants, le personnage, les flashbacks, la mise en abîme aussi. Je trouve que c’est intéressant de partir sur une mauvaise direction et s’en rendre compte en même temps que le personnage. Ce sont des procédés assez connus mais si le public a deux trains d’avance sur le personnage, il s’emmerde. On a cherché à créer du divertissement intelligent. C’est ça qui est compliqué et rare. Mélanger les genres en gardant un respect réel pour le public. Les gens ont lu et vu tellement de livres et films que ce n’est pas la peine de leur prémâcher tout le travail. Au contraire, ils sont demandeurs de ce genre de choses. Ce sont des séries et projets à tiroirs. En tant que réalisateur, c’est très intéressant à faire. En tant que scénariste et showrunner, c’est très compliqué mais tout aussi intéressant. On voulait importer ça en France. Ce sont des procédés qu’on voit moins chez nous, d’où l’idée de bosser avec un showrunner. Ici George Kay à qui l’on doit KILLING EVE.

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Le choix d’Omar était déjà décidé quand vous êtes arrivé ?

En effet. La série a été écrite pour lui. Elle l’a même été avec lui. C’est-à-dire que personne ne l’a écrite et la lui a ensuite présentée. Omar, qui est aussi coproducteur de la série, est l’un des acteurs les plus intéressants et intéressés par la structure, le scénario, l’évolution d’un personnage,… Pour l’instant, il est acteur et producteur mais je vous parie que dans dix ans c’est l’un des plus grands réalisateurs français.

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