Avant de s’exiler à Los Angeles, Axelle Carolyn a vécu à Bruxelles. Cette ancienne bénévole du BIFFF (Festival International du Film Fantastique de Bruxelles) a toujours eu une appétence pour le cinéma de genre. C’est donc tout naturellement qu’elle s’est dirigée vers le fantastique et l’horreur quand elle a eu l’opportunité de réaliser.

Après quelques courts-métrages, elle réalise SOULMATE, son premier long-métrage, passé au BIFFF en 2016 mais toujours inédit chez nous. Ensuite, il y a eu un segment de TALES OF HALLOWEEN puis un petit passage à vide jusqu’au jour où Mike Flanagan la remarque et lui offre de réaliser l’épisode 8 de THE HAUNTING OF BLY MANOR, la seconde saison de la série événement Netflix THE HAUNTING OF HILL HOUSE. Se sont enchainés ensuite des épisodes de CREEPSHOW et de la dernière saison d’AMERICAN HORROR STORY actuellement en cours de diffusion.

Tout ceci a mené à THE MANOR, second long-métrage de la belge réalisé cette fois-ci sous la bannière Blumhouse, la boite de production de ciné de genre incontournable de ces dernières années, qui a conçu un pack de plusieurs films vendu sous le nom de WELCOME TO THE BLUMHOUSE diffusé sur Amazon Prime Video.

Nous avons rencontré Axelle Carolyn qui nous parle de cette expérience, de la place des réalisatrices dans le cinéma de genre et bien d’autres encore.

Comment est-ce qu’en tant que réalisatrice et fan de cinéma de genre avez-vous digéré toutes les influences pour en arriver à l’écriture de THE MANOR ?

Il y a beaucoup de gens qui sont beaucoup plus de réalisateurs qui sont capables de regarder et absorber beaucoup de films et ensuite retranscrire ça dans leur écriture. J’aborde les choses selon une émotion que je veux transmettre ou un personnage qui m’obsède et que j’aimerais montrer à l’écran. Dans ce cas-ci c’était les deux. Il y a beaucoup d’expériences personnelles qui m’ont fait penser au fait de prendre de l’âge, au procédé quand on prend de l’âge et comment les autres nous traitent. Le personnage de Judith m’intéressait beaucoup parce qu’on ne voit pas beaucoup à l’écran des femmes de 70 ans qui sont intéressantes et amusantes donc je voulais avoir cette opportunité. Une femme fun qui jure et ne se laisse pas emmerder par les autres. J’ai pensé que si je voulais voir ça à l’écran, autant que je le fasse.

ROSEMARY’S BABY a été une grande influence quand j’ai commencé à écrire. C’est un peu facile à dire parce que tout le monde aspire à essayer d’être ROSEMARY’S BABY, c’est un tel classique tellement parfait que c’est difficile de comparer à un film pareil mais chaque fois que j’écrivais et que j’essayais de penser au rythme du film et la façon dont les personnages contribuent au développement de l’histoire, c’est toujours vers ça que je revenais. Puis ce sont les films de la Hammer aussi, les classiques du cinéma gothique que j’adore et ce sont le genre de films qui m’inspirent, non seulement pour l’écriture mais aussi le look du film et d’une façon, c’est le genre de monde que j’aime avoir autour de moi.

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Gothique, votre épisode de THE HAUNTING OF BLY MANOR l’était à fond.

C’était un beau cadeau que m’a fait Mike Flanagan.

Axelle Carolyn sur le tournage de The Haunting of Bly Manor

Depuis quelques années, on voit de plus en plus de réalisatrices dans le cinéma de genre. Avez-vous l’impression qu’on vous propose plus de choses qu’avant ? Depuis quelques années vous avez réalisé pas mal d’épisodes de séries notamment.

Ce qui a fait la différence ce sont deux choses. Une manager qui a lu un de mes scripts et qui a vu quelque chose en moi. Elle m’a fait confiance et a lancé ma carrière. L’autre c’est Mike Flanagan qui m’a offert cet épisode de BLY MANOR. Il aimait mon premier long-métrage SOULMATE et trouvait que le ton correspondait à la série qu’il voulait faire. Alors que je n’avais aucune expérience télé, il est allé dire à Netflix que j’avais son soutien et ça a changé ma carrière et ça m’a ouvert les portes pour toutes sortes d’épisodes télé et pour être prise beaucoup plus au sérieux. Mais je pense que d’une façon générale l’industrie commence à reconnaître que, Dieu merci, les femmes sont non seulement une partie cohérente du public qui regarde des films d’horreur mais aussi des réalisatrices et des personnes qui veulent faire du cinéma de genre en fait. Quand SOULMATE est sorti, les distributeurs ne savaient pas comment le vendre parce qu’ils trouvaient que c’était un film de femme. J’ai eu des critiques qui disaient « c’est pas la peine de regarder, c’est un truc de gonzesses ». A l’époque, l’idée que tu fasses un film pour un autre public que des ados entre 15 et 25 ans, pour un film d’horreur, ça n’avait pas de sens. Donc ils ont mis un démon qui ne se trouve pas dans mon film pour en faire la promo alors que ce n’est pas du tout ce que le film vend. Je pense que les choses ont évolué en ce sens. D’une façon ou d’une autre, on permet à des voix plus différentes de s’exprimer maintenant. On est encore très très loin d’une parité. Très très loin et il y a encore beaucoup de gens qui veulent faire des rendez-vous, te disent qu’il veulent absolument travailler avec toi puis ça ne se fait jamais et le film qui parle d’une femme fini par être réalisé par un homme. Ça arrive à longueur de temps mais ça change un peu.

Je pense aussi que le fait que quand j’étais jeune, il y avait peu de réalisatrices qui faisaient de l’horreur. Il y avait peu de réalisatrices tout court. Je pense que ça a retardé le moment où je me suis dit que je voulais être réalisatrice parce que quand tu regardes les possibilités, si tu ne vois pas quelqu’un comme toi qui fait le boulot, c’est difficile de croire que tu peux avoir ta place là-dedans aussi.

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Maintenant dans le cinéma de genre, Netflix et Blumhouse sont the place to be ou il y a plus d’opportunités qu’il n’y parait ?

Je pense qu’il y a plus d’opportunités qui se présentent notamment grâce au streaming. D’une certaine façon, c’est formidable parce que ça donne plus de faire son film mais de l’autre côté, c’est plus compliqué d’en faire la promotion, de faire en sorte que son film sorte du lot, de faire en sorte que ce ne soit pas juste un film qui sorte un jeudi sur Netflix et dont personne ne fait la publicité, personne ne parle. Je pense qu’il y a beaucoup de films qui tombent dans un entre-deux et ne se font pas beaucoup remarquer. Dieu merci, Amazon et Blumhouse font vraiment la promotion pour cette série de films et on a vraiment leur soutien. Mais oui, je pense que l’industrie est vraiment en train de changer pour le moment et l’idée de faire des films juste pour le cinéma c’est super mais c’est une possibilité qui est moins présente qu’il y a 20 ans.

Puis quand t’es une femme ou considéré comme faisant partie d’une minorité, on revient un peu au sujet précédent, les gens veulent bien prendre ce qu’ils considèrent comme un risque, t’engager comme réalisatrice, mais ils sont plus à l’aise s’ils peuvent le faire quand il y a un plus petit budget. Le cinéma de genre a souvent de plus petits budgets donc tu verras plus de diversité car c’est plus facile à financer.

Extrait de The Manor

Avoir un film qui sortirait en salle n’est plus un objectif en soi ?

Ah non, c’est excellent, j’aimerais bien. J’aimerais faire des films de studios mais avoir la possibilité de faire des films qui sont un peu plus différent comme celui-ci où tous les acteurs principaux ont 75 ans, c’est difficile de le financer avec un gros budget donc je suis contente d’avoir pu le faire. Amazon et Blumhouse ont vraiment aimé le fait que ça parle de personnages différents. Il y a d’autres endroits qui aimaient le script mais qui auraient bien changé le lieu dans un hôpital psychiatrique ou qui auraient mis le petit fils comme étant le héros mais ce n’est pas le sujet donc merci à Amazon et Blumhouse d’avoir cru au projet en tant que tel.

THE MANOR et les autres films de Welcom to the Blumhouse sont à voir actuellement sur Amazon Prime Video.

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